Ami 8 break Citroën : histoire, fiche technique et caractéristiques

La Citroën Ami 8 break est l’une des voitures populaires les plus méconnues de l’histoire automobile française. Lancée en mars 1969 au Salon de Genève pour succéder à l’Ami 6 break, elle a convaincu des centaines de milliers de familles grâce à un rapport praticité/prix imbattable. Voiture de transition ou icône sous-estimée ? Tour d’horizon d’un modèle qui a bien mieux vendu que sa berline.

En bref

  • L’Ami 8 break est lancée en mars 1969, en remplacement direct de l’Ami 6 break
  • Elle est propulsée par le bicylindre horizontal de 602 cm3 (35 ch) issu de la 2CV
  • Le break se vend plus que la berline grâce à son large hayon et son volume de chargement généreux
  • 386 582 exemplaires produits entre 1969 et 1978
  • En 1973, l’Ami Super arrive avec le 4 cylindres Boxer de la GS (1015 cc, 55 ch)
  • La production s’arrête en 1978, la Visa lui succédant sur le marché

Pourquoi l’Ami 8 break a remplacé l’Ami 6

À la fin des années 1960, Citroën est dans une position inconfortable. L’Ami 6 berline, dessinée par Flaminio Bertoni avec son audacieuse lunette arrière inversée, ne convainc plus. L’effet de surprise passé, les ventes déclinent. Citroën doit agir vite, mais avec peu de moyens : les ressources de la marque sont massivement mobilisées sur les projets GS, CX et les moteurs à piston rotatif. C’est dans ce contexte contraint que naît l’Ami 8.

La lunette inversée de l’Ami 6, un style trop clivant

L’Ami 6 avait marqué les esprits à son lancement en 1961 avec sa silhouette pour le moins singulière. Sa lunette arrière inversée, véritable signature stylistique, offrait un meilleur confort aux passagers arrière mais déstabilisait l’œil. Passé l’effet de nouveauté, le design vieillissait mal, détonnant entre la 2CV et la DS. Seul le break Ami 6, lancé en 1964 et voiture la plus vendue en France en 1966, parvient à enrayer la chute des ventes grâce à une carrosserie nettement plus conventionnelle et une praticité sans égal.

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Robert Opron et le pari du restylage à budget limité

C’est Robert Opron qui hérite du projet. La mission est claire : moderniser l’Ami 6 sans dépenser ce que Citroën n’a pas. Son choix est pragmatique — remplacer la ligne brisée du toit par une pente douce et continue. L’Ami 8 n’a rien d’une révolution, mais elle ressemble enfin à une voiture normale. Le chiffre « 8 » dans son nom joue d’ailleurs sur cette impression de montée en gamme, là où la mécanique reste rigoureusement celle de sa devancière.

Design et carrosserie de l’Ami 8 break

Visuellement, l’Ami 8 break est une évolution mesurée de l’Ami 6 break. La partie avant est entièrement redessinée avec des lignes plus lisses, une calandre modernisée et des optiques au goût du jour. L’arrière, en revanche, est reconduit avec très peu de modifications : les feux arrière sont déplacés à la verticale sur les ailes, ce qui permet au hayon de descendre plus bas jusqu’au pare-chocs, facilitant considérablement le chargement. C’est un détail qui fait une vraie différence au quotidien.

ÉlémentAmi 6 breakAmi 8 break
Partie avantOriginale BertoniRedessinée par Opron
Lunette arrièreInverséeClassique
Feux arrièreSur le hayonSur les ailes
HayonHauteur limitéeDescend jusqu’au pare-chocs
FinitionsConfortConfort, Club

Les différences visuelles avec la berline Ami 8

La berline Ami 8 partage la même face avant modernisée mais adopte un coffre classique à faible ouverture, lacune qui jouera directement en faveur du break. Le break, lui, profite d’une carrosserie 5 portes avec un accès arrière bien plus pratique, des sièges rabattables et un plancher plat. C’est cette différence fonctionnelle, plus que le style, qui explique les volumes de vente bien supérieurs du break sur la berline.

Fiche technique de la Citroën Ami 8 break

CaractéristiqueValeur
Années de production1969 – 1978
Type de carrosserieBreak 5 portes
MoteurBicylindre horizontal refroidi par air
Cylindrée602 cm3
Puissance35 ch (SAE) à 5 750 tr/mn
Fiscalité3 CV
AlimentationCarburateur double corps
Boîte de vitessesManuelle 4 rapports
TransmissionTraction avant
Freins avantDisques inboard
Vitesse maximale119 km/h
Consommation7,1 l/100 km
Nombre d’exemplaires386 582

Le moteur bicylindre 602 cm3 : héritage 2CV

Sous le capot de l’Ami 8 break, on trouve le moteur M28, bicylindre horizontal à plat, refroidi par air, doté d’un arbre à cames central et d’un carburateur double corps. Avec ses 602 cm3, il développe 35 chevaux, soit exactement ce qu’il faut pour une voiture familiale économique — ni plus, ni moins. Ce moteur, hérité directement de la 2CV, est fiable, simple à entretenir et peu gourmand. Sa faiblesse ? Il n’invite pas à se presser.

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Les performances et la consommation

L’Ami 8 break atteint 119 km/h en vitesse maximale et consomme environ 7,1 litres aux 100 km. Face à ses concurrentes directes de l’époque — Peugeot 204 break, Simca 1100 et Renault 6 — elle n’est pas la plus rapide mais se défend bien sur l’économie à l’usage. Sa clientèle ne lui demande pas de dépasser sur autoroute : elle lui demande de transporter la famille et les courses en ville comme à la campagne, mission qu’elle remplit avec constance.

Habitacle, confort et modularité du break

L’intérieur de l’Ami 8 break est organisé autour de la praticité familiale. La banquette arrière est rabattable et amovible, créant un plancher entièrement plat propice au transport d’objets encombrants. La documentation d’époque indiquait une capacité de charge de 825 livres (environ 375 kg), remarquable pour un véhicule de ce gabarit. Deux niveaux de finition existent : Confort et Club, ce dernier apportant quelques équipements supplémentaires. La suspension Citroën, héritée de la plateforme 2CV, assure un confort de roulement supérieur à la catégorie malgré l’humilité du moteur.

L’Ami Super break : la tentative de montée en gamme

En 1973, Citroën tente de muscler son break milieu de gamme avec l’Ami Super. Ce nouveau modèle embarque le 4 cylindres Boxer de la GS, un 1 015 cm3 développant 55 chevaux, soit un gain de 57 % en puissance. Les performances font un bond, mais la consommation également.

CaractéristiqueAmi 8 breakAmi Super break
MoteurBicylindre 602 cm34 cylindres 1015 cm3
Puissance35 ch55 ch
Vitesse max119 km/h~140 km/h
Consommation7,1 l/100 kmÉlevée
Production1969-19781973-1976

La crise pétrolière de 1973 consécutive à la guerre du Kippour va sonner le glas de l’Ami Super. Une voiture populaire qui consomme beaucoup n’a plus d’avenir dans ce contexte. L’Ami Super disparaît du catalogue en 1976, laissant l’Ami 8 break à deux cylindres poursuivre seule jusqu’en 1978.

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Production, diffusion et fin de carrière

L’Ami 8 break est une vraie voiture internationale, produite sur plusieurs sites : Rennes (France), Forest (Belgique), Vigo (Espagne), Mangualde (Portugal) et Buenos Aires (Argentine), cette dernière usine servant également les marchés uruguayen, paraguayen et chilien. Au total, 386 582 exemplaires sortent des chaînes entre 1969 et 1978, le break dépassant systématiquement les ventes de la berline.

La fin de carrière est difficile. À partir de 1974-1975, les ventes s’effritent face à une concurrence qui a profondément évolué. Techniquement, l’Ami 8 accuse son âge face aux GS et CX de la même marque. Le dernier exemplaire sort des chaînes en 1978. Citroën ne lui trouvera pas de successeur direct sur le segment break compact — la ZX Break n’apparaîtra qu’en 1993. Entre temps, la Visa (1978) reprend le flambeau sur le marché des petites voitures, sur une base Peugeot 104 dans le cadre du groupe PSA constitué en 1976.

L’Ami 8 break aujourd’hui : collection et cote

Longtemps ignorée au profit de la 2CV ou de la DS, l’Ami 8 break connaît un regain d’intérêt auprès des passionnés de voitures françaises populaires. Sa cote oscille généralement entre 3 000 et 8 000 € selon l’état, la finition et l’historique du véhicule — les exemplaires restaurés de qualité pouvant dépasser ces valeurs.

Les pièces détachées sont globalement disponibles grâce aux clubs de passionnés et aux spécialistes des véhicules Citroën de la série A (2CV, Dyane, Ami). Le moteur 602 cm3, partagé avec la 2CV et la Dyane, facilite grandement la restauration. Sa mécanique simple, sa carrosserie modulaire et son histoire atypique en font un sujet de collection accessible, loin des surenchères des voitures plus médiatiques.