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Oubliée pendant des décennies, la Matra Bagheera revient aujourd’hui sur le devant de la scène des véhicules de collection. Avec sa silhouette profilée atypique et son concept inédit de trois places de front, ce coupé sportif des années 70 incarne l’audace et l’ingéniosité de l’industrie automobile française. Vous souhaitez découvrir l’histoire de cette « panthère » de la route, décortiquer sa mécanique ou vous cherchez des conseils pointus pour investir dans un modèle d’occasion ? Ce guide complet vous livre absolument tout ce qu’il faut savoir sur ce youngtimer incontournable.
En bref
- Coupé sportif français produit de 1973 à 1980, fruit de l’association entre Matra et Simca.
- Architecture unique proposant 3 places assises à l’avant pour maximiser l’espace habitable.
- Moteur central transversal arrière issu de la banque d’organes Simca (1294 cm3 à 1442 cm3).
- Poids plume (environ 980 kg) offrant une tenue de route dynamique malgré une puissance modeste (84 à 90 ch).
- Cote abordable débutant autour de 8 000 euros, mais vigilance absolue requise sur l’état du châssis.
Les caractéristiques techniques de ce coupé atypique
La Bagheera ne se contente pas de son look de petite supercar ; elle repose sur une conception technique pensée pour l’efficacité. À une époque marquée par le premier choc pétrolier, l’objectif n’était pas la puissance brute, mais l’efficience. Le constructeur de Romorantin a opté pour une structure innovante : un châssis acier autoportant sur lequel sont fixés des panneaux de carrosserie en composite (polyester armé de fibres de verre).
Cette technique, incluant le procédé RTM (Resine Transfer Moulding), permet de maintenir un poids sous la tonne tout en offrant un aérodynamisme soigné avec un Cx de 0.33.
| Caractéristique | Données Techniques |
|---|---|
| Longueur | 3,97 m à 4,01 m (selon millésimes) |
| Largeur | 1,73 m |
| Hauteur | 1,22 m |
| Poids à vide | 980 à 1 015 kg |
| Architecture | Moteur central arrière transversal |
Une architecture audacieuse avec trois places de front
C’est la signature absolue du modèle. L’ingénieur Philippe Guédon part d’un constat pragmatique : au quotidien, une voiture transporte rarement quatre personnes. Les configurations « 2+2 » (deux places avant et deux minuscules places arrière) sont souvent inutilisables.

La solution ? Élargir la voiture pour installer trois vrais sièges de front. Cette disposition permet de conserver un empattement court, favorisant l’agilité, tout en logeant le moteur en position centrale arrière sans sacrifier le coffre. À l’intérieur, le style est tout aussi futuriste avec un tableau de bord dessiné par Antoine Volanis, offrant une ergonomie « cockpit » très marquée qui séduit encore les amateurs de design aujourd’hui.
Les motorisations et les performances sur route
Sous le capot arrière, on retrouve le célèbre Moteur Poissy. Si la Bagheera n’a jamais eu la prétention de rivaliser en accélération pure avec une VW Golf GTI, elle compense par son équilibre.
Les premiers modèles empruntent le bloc de la Simca 1100 TI. Alimenté par deux carburateurs double corps Weber 36 DCNF, ce moteur offre une sonorité rauque et une montée en régime volontaire. Plus tard, la Simca 1308 GT prêtera son moteur pour les versions « S » et « X », apportant un couple supplémentaire bienvenu. Sur la route, la voiture se comporte davantage comme une GT confortable capable de tenir un 180 km/h grâce à son profilage, plutôt que comme une bête de course au 1000 mètres DA.
| Version | Moteur | Cylindrée | Puissance | Couple | Vitesse Max |
|---|---|---|---|---|---|
| Bagheera (Base) | Simca 1100 TI | 1294 cm³ | 84 ch | 108 Nm | 180 km/h |
| Bagheera S | Simca 1308 GT | 1442 cm³ | 90 ch | 124 Nm | 190 km/h |
| Bagheera X | Simca 1308 GT | 1442 cm³ | 90 ch | 124 Nm | 190 km/h |
Le guide d’achat pour trouver une matra bagheera d’occasion
Investir dans une Matra Bagheera est un choix de passionné qui peut s’avérer judicieux financièrement, à condition d’être lucide. Contrairement à sa rivale italienne, la Fiat X1/9, la française offre une polyvalence supérieure, mais demande une inspection impitoyable avant achat.
La cote actuelle et les prix selon les finitions
Le marché est actuellement favorable aux acheteurs, la cote restant stable et accessible pour un véhicule de cette époque. Les prix varient fortement selon l’état de conservation et la rareté de la série :
- Type 1 (1973-1975) : Les modèles de base, souvent fatigués, se négocient dès 8 000 € pour un exemplaire roulant mais nécessitant des soins.
- Bagheera S : Plus performante et mieux équipée, comptez environ 10 000 € pour un bel état.
- Bagheera X : Recherchée pour sa finition haut de gamme, elle dépasse souvent les 12 000 €.
- Série Courrèges : Le « Graal » absolu. Cette série limitée blanche à l’intérieur exclusif peut atteindre des sommets, dépassant parfois les 15 000 à 20 000 € si elle est complète et d’origine.
Les points de vigilance mécanique et la corrosion du châssis
C’est le point noir majeur. La carrosserie en composite ne rouille pas, ce qui peut donner une fausse impression de bon état. En dessous, le châssis en acier est pris en sandwich et peut pourrir littéralement de l’intérieur. Une inspection sur un pont est obligatoire.
Voici la « Check-list » de survie avant achat :
- Longerons et bas de caisse : Vérifiez la présence de corrosion perforante.
- Baie de pare-brise : Les infiltrations d’eau y sont fréquentes et dévastatrices pour la structure.
- Bras arrière : Les supports de suspension sont des zones critiques.
- Circuit de refroidissement : Le moteur étant à l’arrière et le radiateur à l’avant, les longues durites sous la voiture sont vulnérables.
- Boîte de vitesses : Testez les synchros, souvent fragiles sur les boîtes Simca, et écoutez le bruit des culbuteurs.
L’histoire de la conception du projet M550
Derrière ce véhicule se cache une aventure industrielle passionnante pilotée par Jean-Luc Lagardère. Après le succès mitigé de la Matra 530, l’objectif était clair : concevoir une voiture plus moderne, moins chère à produire et plus rentable. C’est la naissance du projet M550.

Le partenariat historique entre matra et simca
Pour réduire les coûts, Matra ne pouvait pas développer un moteur en interne. Le rapprochement avec Simca-Chrysler fut décisif. Cet accord permettait à Matra de piocher librement dans la banque d’organes du géant automobile (moteurs, boîtes, trains roulants) tout en bénéficiant de son immense réseau de distribution. C’est ce mariage de raison qui a permis de proposer une voiture au look de supercar pour le prix d’une berline bourgeoise.
L’évolution de la gamme et la mythique série courrèges
La vie de la Bagheera a été rythmée par des évolutions constantes pour rester attractive :
- 1973 : Lancement des Type 1 et Type 2 (plus luxueuse).
- 1974 : Apparition de la Série Courrèges. Entièrement blanche, signée par le couturier André Courrèges, elle se distingue par ses sièges en skaï blanc et sa bagagerie spécifique. Une icône de la mode des seventies.
- 1976 : Grand restylage. La voiture gagne des pare-chocs enveloppants, une surface vitrée accrue et adopte le look des nouvelles Simca.
- 1979 : La série Jubilé célèbre la réussite du modèle avant de laisser place, en 1980, à sa remplaçante : la Talbot-Matra Murena.
L’héritage de la panthère dans la culture automobile
La Matra Bagheera a marqué son époque bien au-delà des routes. Sa présentation officielle a eu lieu lors des 24 Heures du Mans 1973, le jour même où l’écurie Matra-Simca, avec Henri Pescarolo et Gérard Larrousse, remportait la course face à Ferrari. Un coup marketing magistral.
Elle est aussi une star du cinéma populaire, inoubliable dans le film « La Valise » de Georges Lautner, ou plus récemment remise en lumière par l’émission Wheeler Dealers. Rouler en Bagheera aujourd’hui, c’est s’offrir une part de cet âge d’or français, un design qui fait tourner les têtes et une expérience de conduite sans filtre.


