Mercedes Benz AMG clk gtr, histoire et fiche technique

Au milieu des années 90, le monde de l’endurance automobile connaît une révolution avec l’émergence de la catégorie GT1. Ce règlement exige des constructeurs qu’ils homologuent leurs bêtes de course pour un usage routier s’ils veulent concourir. C’est dans ce contexte électrique que naît un supercar absolu, développé dans l’urgence la plus totale pour asseoir la domination de la marque à l’étoile. Véritable monstre mécanique habillé de fibre de carbone, ce véhicule hybride entre la compétition pure et l’hypercar de collection fascine encore aujourd’hui par sa rareté, son ingénierie extrême et son palmarès fulgurant.

En bref

  • Développée en un temps record de 128 jours pour répondre aux exigences du nouveau règlement de la FIA.
  • Produite à seulement 25 exemplaires de série pour la route (Straßenversion) afin de valider son homologation.
  • Assemblés minutieusement par les experts de la société HWA à Affalterbach.
  • Propulsée par un moteur V12 central arrière atmosphérique délivrant plus de 600 chevaux.
  • Capable d’atteindre 320 km/h en vitesse de pointe avec un 0 à 100 km/h foudroyant de 3,8 secondes.
  • Reconnaissable au premier coup d’œil grâce à son aérodynamisme radical et ses mythiques portes en élytre.

Le développement express pour contrer la concurrence

Fin 1996, Mercedes-Benz se trouve à la croisée des chemins. Après la disparition du DTM/ITC, la marque doit impérativement trouver un nouveau terrain de jeu pour son département sportif, AMG. La cible est toute trouvée : le nouveau championnat FIA GT. Cependant, la concurrence a une longueur d’avance. Porsche aligne déjà sa redoutable 911 GT1 et McLaren domine avec sa F1 GTR.

Il faut aller vite, très vite. La direction valide le projet le 5 décembre 1996. Les ingénieurs n’ont que quatre mois pour concevoir une voiture capable de gagner. Pour gagner du temps sur le développement aérodynamique, AMG achète discrètement une McLaren F1 GTR (chassis #11R) du champion en titre, Larbre Compétition. Ils remplacent le moteur BMW par leur propre bloc V12 et greffent leur propre carrosserie dessus pour les premiers tests.

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Ce tour de force ingénierique se déroule en trois étapes éclairs :

  • Décembre 1996 : Validation du concept et début des dessins techniques par Gerhard Ungar.
  • Février 1997 : Tests secrets de la mule (chassis McLaren modifié) sur le circuit de Jarama.
  • Avril 1997 : Présentation officielle et premiers tours de roue à Hockenheim, seulement 128 jours après le premier coup de crayon.

Les caractéristiques techniques de la version de série

Contrairement à une supercar classique conçue pour la route puis adaptée à la piste, la Mercedes-Benz CLK GTR suit la logique inverse. C’est une voiture de course pure, civilisée à minima pour obtenir l’homologation routière.

Mercedes Benz AMG clk gtr SUR ROUTE

Le châssis repose sur une monocoque en fibre de carbone et aluminium, garantissant une rigidité exceptionnelle pour un poids contenu. Pour la version route, ou « Straßenversion », les concessions au confort sont spartiates : l’ajout d’un système de climatisation, d’un ABS, d’une isolation phonique sommaire et de deux petits coffres intégrés dans les bas de caisse.

Le cœur de la bête est le moteur M297, une évolution radicale du M120 qui équipait la Classe S de l’époque. Ce V12 atmosphérique de 6,9 litres est accouplé à une boîte de vitesses séquentielle à 6 rapports avec palettes au volant. Si cette transmission est brutale en ville, elle se révèle d’une efficacité redoutable une fois la voiture lancée.

SpécificationDonnées Techniques (Version Route)
MoteurV12 Atmosphérique (M297)
Cylindrée6 898 cm³
Puissance612 ch (450 kW) à 6 800 tr/min
Couple775 Nm à 5 250 tr/min
Poids à vide~1 440 kg
Vitesse Max320 km/h (limitée par l’aéro)
0 à 100 km/h3,8 secondes
TransmissionSéquentielle 6 rapports (Propulsion)

Les variantes exclusives produites pour la route

La production officielle s’est arrêtée à 25 exemplaires (20 coupés et 5 roadsters) pour satisfaire la FIA, mais l’histoire ne s’arrête pas là. C’est la société HWA AG (fondée par Hans-Werner Aufrecht, le « A » de AMG) qui s’est chargée de la construction et de la commercialisation de ces unités ultra-limitées.

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Le roadster sans toit aux portes en élytre

Transformer une voiture de course à coque carbone en cabriolet est un défi technique majeur. La suppression du toit oblige HWA à renforcer considérablement le châssis pour maintenir la rigidité torsionnelle.

Sur le plan esthétique et fonctionnel, le Roadster se distingue par plusieurs modifications :

  • L’admission d’air moteur, initialement sur le toit, est déplacée sur les flancs.
  • Les rétroviseurs sont repositionnés sur les portières.
  • Les arceaux de sécurité sont intégrés derrière les appuie-têtes.
  • Malgré l’absence de toit, les ingénieurs ont réussi à conserver la cinématique spectaculaire des portes en élytre (aussi appelées portes papillon).

La déclinaison supersport avec son moteur élargi

Pour certains clients, dont le Sultan de Brunei, les 612 chevaux d’origine ne suffisaient pas. HWA a donc produit une variante, souvent appelée SuperSport. Ces rarissimes châssis (au nombre de 2 connus) ont reçu le moteur V12 réalésé à 7,3 litres. Ce bloc titanesque, qui équipera plus tard la Pagani Zonda, développe ici 664 chevaux, propulsant la CLK GTR dans une autre dimension de performances.

Le parcours historique en compétition automobile

La raison d’être de la CLK GTR n’était pas les salons feutrés, mais l’asphalte brûlant des circuits. Dès sa première saison, elle devait prouver que le pari risqué de Mercedes était le bon.

Les victoires décisives lors du championnat fia gt

Les débuts à Hockenheim sont difficiles : Bernd Schneider signe la pole position mais doit abandonner sur problème de freins. Cependant, la machine est bien née. Dès la quatrième manche au Nürburgring, la CLK GTR signe un doublé retentissant.

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La saison 1997 devient alors une démonstration de force. La voiture écrase la concurrence, reléguant la Porsche 911 GT1 et la McLaren F1 GTR au second plan. Mercedes-AMG remporte le titre Constructeurs, et Bernd Schneider s’offre le titre Pilotes.

Bilan de la saison 1997 :

  • Nürburgring : 1ère et 2ème place
  • Zeltweg (A1-Ring) : 1ère et 2ème place
  • Suzuka : 1ère place
  • Donington : 1ère et 2ème place
  • Sebring : 1ère et 2ème place
  • Laguna Seca : 1ère et 2ème place

L’évolution vers les prototypes clk lm et clr

Malgré cette domination, le V12 présente une faiblesse : il est lourd et complexe pour une course d’endurance de 24 heures. Pour viser la victoire aux 24 Heures du Mans 1998, Mercedes modifie la voiture qui devient la CLK LM (Le Mans). Le V12 est abandonné au profit d’un V8 plus compact et fiable, dérivé du moteur de la Sauber C9.

L’ultime évolution de cette lignée sera la Mercedes-Benz CLR en 1999. Conçue pour une efficacité aérodynamique extrême, elle connaîtra un destin tragique. Lors des essais et de la course au Mans, des défauts de conception aérodynamique provoqueront les envols spectaculaires des voitures pilotées par Mark Webber et Peter Dumbreck. Ces accidents marqueront la fin immédiate du programme d’endurance de Mercedes, laissant la CLK GTR comme le sommet incontesté de cette ère.