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Elle avait tout pour dominer : un V12 de 380 ch préparé par Motorsport, une ligne signée Klaus Kapitza, la boîte manuelle la plus précise jamais accouplée à douze cylindres chez BMW. Pourtant, la 850 CSi n’a jamais trouvé son public. Produite à seulement 1 510 exemplaires entre 1992 et 1996, cette grande GT inclassable reste l’une des pièces les plus sous-estimées de l’histoire de la marque à l’hélice.
En bref
- La BMW 850 CSi est une version Motorsport de la Série 8 E31, produite de 1992 à 1996
- Son moteur V12 S70B56 de 5,6 litres développe 380 ch et 550 Nm, couplé à une BVM 6 rapports
- Elle n’est pas une M8 : trop GT pour le badge M, trop musclée pour rester une simple 850i
- Seulement 1 510 exemplaires construits, ce qui en fait une vraie rareté sur le marché de l’occasion
- Son lien avec la McLaren F1 en fait une pièce d’histoire de l’ingénierie automobile
- Entretien coûteux mais expérience de conduite unique pour une GT des années 90
La BMW 850 CSi, c’est quoi exactement ?
La Série 8 E31 naît en 1989. BMW présente un grand coupé Grand Tourisme haut de gamme. La 850i, première version, embarque un V12 M70 de 5 litres et 300 ch. C’est élégant. C’est technologique. Mais ce n’est pas assez rapide pour les amateurs de sportivité.
BMW Motorsport prend alors le dossier en main. Le résultat, c’est la BMW 850 CSi. Un coupé revu en profondeur, avec un moteur entièrement nouveau et un châssis retravaillé. Elle conserve l’ADN GT de la Série 8, mais avec un tempérament bien plus affirmé.
De la 850i à la 850 CSi : l’escalade Motorsport
Au début des années 90, la concurrence s’intensifie. Mercedes sort sa 600 SL. Porsche dopé sa 928. La 850i, avec ses 300 ch, commence à souffrir de comparaisons difficiles.
BMW réfléchit d’abord à une M8. Un prototype unique est construit. Moteur V12 S70 de 6 litres, carrosserie allégée en aluminium, ailes élargies. Une vraie supercar. Trop radicale pour la gamme. BMW abandonne l’idée.
La solution retenue est un compromis intelligent. Motorsport extrait 380 ch du V12 S70 porté à 5,6 litres. C’est 80 ch de plus que la 850i. La voiture reste une GT. Elle gagne en muscle sans perdre son caractère.
Pourquoi « CSi » et pas « M8 » ?
Le sigle CSi n’est pas choisi au hasard. BMW l’utilise depuis 1971 sur le coupé 3.0 CSi (E9). Il évoque le grand tourisme signé BMW, raffiné mais avec du caractère.
La 850 CSi porte ce sigle car elle n’est pas une M8. Elle ne vise pas les circuits. Son rôle est de dévorer les autoroutes européennes avec classe et efficacité.
Son lien avec la McLaren F1 est pourtant réel. McLaren Cars commande à BMW Motorsport un V12 de haute technologie pour sa future supercar. Le banc d’essai grandeur nature de ce moteur, c’est la 850 CSi. Sans elle, la McLaren F1 n’aurait pas eu son moteur légendaire.
Fiche technique BMW 850 CSi : le V12 S70 dans le détail
| Caractéristique | 850i | 850 CSi | 850 Ci (1994) |
|---|---|---|---|
| Moteur | V12 M70B50 | V12 S70B56 | V12 M73B54 |
| Cylindrée | 4 988 cm³ | 5 576 cm³ | 5 379 cm³ |
| Puissance | 300 ch à 5 200 tr/min | 380 ch à 5 300 tr/min | 326 ch à 5 000 tr/min |
| Couple | 450 Nm à 4 100 tr/min | 550 Nm à 4 000 tr/min | 490 Nm à 3 900 tr/min |
| Boîte | BVM 6 ou BVA 4 | BVM 6 uniquement | BVA 5 uniquement |
| 0 à 100 km/h | 6,8 s | 6,0 s | 6,3 s |
| Vitesse max. | 250 km/h (bridée) | 250 km/h (bridée) | 250 km/h (bridée) |
| Poids à vide | 1 790 kg | 1 865 kg | 1 880 kg |
| Exemplaires produits | 20 072 | 1 510 | 1 218 |
Le moteur S70 : un V12 taillé pour la McLaren F1
Le S70B56 est un V12 à 60° de 5 576 cm³. Alésage de 80 mm, course de 86 mm. 24 soupapes, gestion électronique intégrale. Il développe 380 ch à 5 300 tr/min et un couple de 550 Nm à 4 000 tr/min.
Ce moteur n’est pas une simple évolution du M70. C’est une unité développée par Motorsport. Sa filiation directe avec le programme McLaren F1 le rend unique. BMW avait besoin d’un banc d’essai routier pour mettre au point ce V12 de compétition. La 850 CSi a joué ce rôle.
Le résultat est un moteur souple et coupleux. Idéal pour une grande GT. Pas un moteur de circuit, mais un moteur capable d’avaler 1 000 km d’autoroute avec une aisance déconcertante.
Le châssis et les aides à la conduite : une technologie d’avant-garde pour 1992
Le châssis de la 850 CSi est retravaillé par rapport à la 850i. BMW Motorsport intègre plusieurs systèmes inédits pour l’époque.
- AHK (Aktive Hinterachs-Kinematik) : train arrière à géométrie active qui dirige légèrement les roues arrière. Résultat : une agilité surprenante pour une voiture de 1 865 kg
- ASC+T : contrôle de stabilité et traction combinés, avec différentiel autobloquant
- Freinage : disques ventilés de 325 mm de série, avec ABS
- Pneumatiques : 235/45 ZR17 à l’avant, 265/40 ZR17 à l’arrière
- Cx : 0,31, remarquable pour un coupé de ce gabarit
Pour 1992, c’est une palette technologique digne d’un avion de ligne. La 850 CSi devance largement sa concurrence sur ce terrain.
Comment reconnaître une 850 CSi ?
De loin, la 850 CSi ressemble à ses sœurs. De près, les différences sont là. Et elles comptent pour les connaisseurs.
- Spoiler avant : plus bas et plus ouvert que sur la 850i ou la 850 Ci. C’est le signe le plus visible
- Jantes : spécifiques à la CSi, partagées avec la M5 E34. En 1995, l’option jantes 18″ M Parallel fait son apparition
- Phares escamotables : caractéristique de toute l’E31, mais la CSi les intègre avec un bouclier avant redessiné
- Silhouette : coupé 2+2, ligne basse signée Klaus Kapitza. Un dessin de 1989 qui paraît toujours moderne
L’intérieur ne se distingue pas radicalement de la 850i. Le luxe est là. Le cuir de belle facture, les commandes électroniques nombreuses. Une voiture conçue pour un usage raffiné, pas pour les courses.
BMW 850 CSi vs les concurrentes de l’époque
En 1992-1996, la 850 CSi se retrouve dans un segment tendu. Ses rivales directes sont redoutables.
| Modèle | Puissance | 0-100 km/h | Poids | Type |
|---|---|---|---|---|
| BMW 850 CSi | 380 ch | 6,0 s | 1 865 kg | GT Motorsport |
| Mercedes 600 SL R129 | 394 ch | 5,9 s | 1 960 kg | Roadster GT de luxe |
| Porsche 928 GTS | 350 ch | 5,7 s | 1 560 kg | GT sportive |
| Ferrari 456 GT | 442 ch | 5,2 s | 1 690 kg | GT sportive italienne |
| Porsche 911 Turbo (993) | 408 ch | 4,5 s | 1 500 kg | Sportive pure |
| Aston Martin DB7 | 335 ch | 5,7 s | 1 790 kg | GT britannique |
La 850 CSi ne gagne pas sur tous les tableaux. La Porsche 928 GTS est plus légère et plus agile. La Ferrari 456 GT est plus puissante. La 911 Turbo est plus rapide.
Mais la 850 CSi propose quelque chose que ses rivales n’ont pas. Un V12 couplé à une boîte manuelle 6 rapports. Sur une voiture de ce gabarit, c’est unique. C’est aussi ce qui rend son positionnement difficile à expliquer au grand public.
Acheter une BMW 850 CSi d’occasion : le guide complet
La 850 CSi est une youngtimer qui mérite attention. Sa rareté et son histoire en font un collector potentiel. Mais acheter une 850 CSi demande une préparation sérieuse.
Les points de vigilance mécaniques
Le V12 S70 est robuste. Mais il exige un entretien méticuleux. Voici les points à vérifier avant tout achat.
- Pompe à essence : usure classique sur l’E31. Un remplacement préventif s’impose si ce n’est pas déjà fait
- Servo-frein : défaillance connue sur la série 8. Vérifiez le bon fonctionnement avant l’essai
- Thermostat et sonde de radiateur : une défaillance peut provoquer une surchauffe du V12. Conséquences potentiellement catastrophiques pour le moteur
- Embrayage : le couple de 550 Nm est rude pour l’embrayage, surtout en usage urbain. Fuyez les voitures ayant beaucoup circulé en ville
- Climatisation : le remplacement du système de climatisation dépasse facilement 2 000 euros. Testez-la soigneusement
- Cuir intérieur : résistant si entretenu. Vérifiez les coutures et l’état des assises
Quel budget prévoir ?
La 850 CSi n’est pas une voiture d’achat impulsif. Le prix d’achat est une chose. Le coût d’usage en est une autre.
- Prix d’achat : comptez entre 50 000 et 80 000 euros pour un exemplaire en bon état. Les voitures exceptionnelles dépassent ce seuil
- Consommation : environ 15 L/100 km en usage mixte. Plus en conduite sportive
- Entretien : réservez-vous un budget annuel conséquent. Toutes les interventions sur le V12 sont longues et coûteuses
- Pièces : la disponibilité s’améliore grâce aux clubs de passionnés, mais certaines pièces spécifiques à la CSi restent rares
Si vous comptez la garder longtemps et que vous abordez l’achat en connaissance de cause, la 850 CSi reste une affaire. À condition de prévoir le budget d’usage nécessaire.
850 CSi ou 850 Ci : laquelle choisir ?
| Critère | 850 CSi | 850 Ci (1994-1999) | Alpina B12 5.7 |
|---|---|---|---|
| Moteur | V12 S70B56 5,6 L | V12 M73B54 5,4 L | V12 S70 5,65 L |
| Puissance | 380 ch | 326 ch | 416 ch |
| Boîte | BVM 6 uniquement | BVA 5 uniquement | BVM 6 |
| Production | 1 510 ex. | 1 218 ex. | 57 ex. |
| Usage idéal | GT passionné, conduite impliquée | GT confort, usage quotidien | GT extrême, collectionneur |
La 850 CSi est pour le conducteur qui veut s’impliquer. La boîte manuelle change tout. Elle transforme l’expérience de conduite.
La 850 Ci convient mieux à un usage GT détendu. La boîte automatique apporte du confort. La puissance est là, mais l’engagement est moindre.
L’Alpina B12 5.7, avec ses 416 ch et sa vitesse de pointe de 300 km/h, est dans une autre dimension. Mais 57 exemplaires produits, c’est une rareté absolue.
La BMW 850 CSi aujourd’hui : collector ou danseuse coûteuse ?
La question se pose pour tout acheteur sérieux. La 850 CSi cumule tous les critères d’un futur collector.
- Rareté absolue : 1 510 exemplaires produits en quatre ans. Moins que bien des Ferrari de l’époque
- Unicité technique : le seul V12 BMW jamais couplé à une boîte manuelle. Une configuration qui n’a jamais été reproduite
- Lien historique : son moteur S70 est le précurseur direct du V12 de la McLaren F1. Une filiation qui ne se discute pas
- Design intemporel : Klaus Kapitza a signé une ligne qui reste moderne trente-cinq ans après sa conception
La 850 CSi est apparue dans les Visiteurs 2, dans plusieurs séries TV européennes, et dans un clip de Prince. Sa présence culturelle renforce son statut d’icône discrète des années 90.
La « danseuse coûteuse » ? Oui, si vous l’achetez sans vous y préparer. Le V12 exige de l’attention et un budget d’entretien sérieux.
Mais pour le passionné averti, la 850 CSi offre quelque chose de rare. Un grand coupé GT des années 90, avec un V12 Motorsport et une boîte manuelle, pour un prix encore raisonnable. Ce type d’opportunité ne dure pas éternellement.


