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La Volvo P1800 automatic est l’une des voitures de sport les plus élégantes de l’après-guerre. Roger Moore la conduisait dans The Saint. Irv Gordon en a parcouru plus de 3,2 millions de miles avec une seule. Elle incarne la fiabilité suédoise dans un corps dessiné par des Italiens.
Pourtant, peu de gens savent qu’une version à boîte automatique a existé. Et encore moins savent ce qu’elle vaut vraiment au quotidien, sur la route et sur le marché de la collection.
Voici tout ce que vous devez savoir avant d’en chercher une, ou d’en acheter une.
En bref
- La boîte automatique n’est apparue sur la Volvo P1800 qu’à partir du millésime 1971, sur la 1800E
- Il s’agit d’une Borg-Warner 35 à 3 rapports — une boîte britannique bien connue des classiques européens
- La version automatique existe aussi sur la 1800ES (1972-1973), le shooting brake au hayon tout-verre
- Toutes les versions antérieures — P1800 Jensen, 1800S — sont exclusivement manuelles
- La manuelle M41 avec overdrive Laycock reste le choix préféré des passionnés pour les performances
- Une P1800 automatique est plus rare, mais pas toujours mieux valorisée qu’une manuelle
- Les pièces de la BW35 existent, mais sa réputation dans la communauté reste contrastée
Quelle P1800 peut recevoir une boîte automatique ?
C’est la première question à se poser. Toutes les P1800 ne sont pas concernées.
Volvo n’a proposé la boîte automatique sur la série 1800 qu’à partir de 1971, soit dix ans après le lancement du modèle. Avant cela, chaque P1800 sortait d’usine avec une boîte manuelle.
Voici un tableau clair pour vous repérer :
| Modèle | Années | Automatique disponible ? |
|---|---|---|
| P1800 (Jensen) | 1961-1962 | Non |
| 1800S (Suède) | 1963-1969 | Non |
| 1800E | 1970 | Non |
| 1800E | 1971-1972 | Oui — BW35 |
| 1800ES | 1972-1973 | Oui — BW35 |
Si vous visitez une P1800S de 1967 présentée avec une « boîte automatique d’époque », méfiez-vous. Ce n’est pas d’origine. La transmission automatique n’a jamais été proposée avant le millésime 1971.
Pourquoi l’automatique est arrivée si tard
La demande venait des États-Unis. Les concessionnaires américains réclamaient une boîte automatique depuis le milieu des années 1960. Volvo l’avait d’abord introduite sur l’Amazon P120 dès 1964, puis sur le 140 en 1967 et le 164 en 1970.
La 1800E a finalement reçu l’option en 1971. À l’époque, le marché américain représentait une part majeure des ventes de la série 1800.
La Borg-Warner 35 : la boîte automatique du P1800
La BW35 n’est pas propre à Volvo. C’est une boîte automatique à 3 rapports développée au Royaume-Uni, adoptée par de nombreux constructeurs européens dans les années 1960 : Rover, Triumph, Saab, Reliant, et bien sûr Volvo.
Sur la Volvo P1800, elle remplace la boîte M41 à 4 vitesses avec overdrive Laycock de Normanville. Sa mise en place a nécessité une adaptation du rapport de pont arrière.
Tableau des désignations BW35 sur P1800 automatic
Chaque boîte est identifiée par une plaque latérale, côté gauche, sous le rupteur. La couleur et le code varient selon l’année et le moteur :
| Année modèle | Modèle | Moteur | Désignation | Couleur de plaque |
|---|---|---|---|---|
| 1971 | 1800E | B20E | 9EN | Rouge |
| 1972 | 1800E | B20E | 321 | Gris |
| 1972 | 1800E | B20F | 351H | Orange |
| 1972 | 1800ES | B20E | 321 | Gris |
| 1972 | 1800ES | B20F | 351H | Orange |
| 1973 | 1800ES | B20E | 321 | Gris |
| 1973 | 1800ES | B20F | 351H | Orange |
Cette information est essentielle si vous cherchez une boîte de remplacement. Les BW35 montées sur des véhicules de police ou de taxi utilisent des rapports différents et ne sont pas directement interchangeables.
Automatique vs manuelle : performances et ressenti de conduite
Soyons directs. La communauté des P1800 n’est pas tendre avec la BW35.
Ce que disent les chiffres
Le moteur B20E de la 1800E développait 130 chevaux bruts (120 DIN). Il permettait un 0 à 100 km/h en environ 9,5 secondes avec la boîte manuelle, et une vitesse de pointe supérieure à 185 km/h.
Avec la BW35, les performances baissent. La boîte absorbe de l’énergie. Le poids augmente. Et les trois rapports ne permettent pas d’exploiter pleinement la plage de régime du B20E.
Ce que disent les passionnés
Sur les forums comme Swedespeed et Volvo Forums UK, le verdict revient souvent. La BW35 « a mauvaise réputation » dans la communauté des Volvo classiques. Les utilisateurs évoquent principalement :
- Un manque de punch à l’accélération
- Des régimes moteur élevés sur autoroute faute de rapport long
- Une conduite moins engagée qu’avec la M41 et son overdrive
La M41 avec overdrive Laycock J-type offre en pratique un cinquième rapport (ratio de 0,797:1). Cela réduit l’usure, améliore la consommation et donne une vitesse de croisière confortable.
L’automatique a pourtant ses adeptes
La BW35 reste pertinente dans certains contextes :
- Conduite urbaine intensive où les passages de rapports manuels fatiguent
- Profil d’acheteur américain habitué aux boîtes automatiques
- Mobilité réduite rendant la pédale d’embrayage difficile à utiliser
Si vous souhaitez profiter d’une P1800 sans vous préoccuper de l’embrayage, l’automatique remplit son rôle. Elle n’est pas mauvaise. Elle est juste moins adaptée au caractère sportif du moteur B20E.
Acheter une P1800 automatique : ce qu’il faut vérifier
La boîte BW35
Avant tout achat, vérifiez ces points :
- Identifiez la désignation sur la plaque latérale gauche (voir tableau ci-dessus) — elle doit correspondre au moteur et à l’année du véhicule
- Contrôlez le niveau de fluide ATF et son aspect : un fluide brunâtre ou brûlé signale une boîte en souffrance
- Testez les passages de rapports : ils doivent être progressifs, sans à-coups ni hésitation
- Vérifiez l’absence de fuites sous le véhicule, notamment au niveau du joint de carter
- Méfiez-vous des boîtes de remplacement issues de véhicules de police ou de taxi — leurs rapports internes sont différents et incompatibles
La carrosserie : les points critiques
La Volvo P1800 automatic est une voiture de 50 à 60 ans. La corrosion est le principal ennemi.
Examinez systématiquement :
- Les seuils de porte : souvent victimes de réparations de mauvaise qualité avec des panneaux non Volvo, dont le profil diffère de l’original
- Les ailes avant et les tours de phares : toute cloque dans la peinture cache de la rouille en profondeur
- L’encadrement du pare-brise : les réparations ici sont coûteuses et délicates
- Le plancher et les longerons avant : une rouille majeure ici est une restauration lourde
- Les fixations du boîtier de direction : difficiles et chères à remettre en état
Des panneaux de reproduction sont disponibles chez des spécialistes comme Brookhouse Volvo Parts. Les panneaux Volvo d’origine sont devenus très rares.
Le moteur B20 : un point rassurant
Bonne nouvelle. Le moteur, lui, est d’une fiabilité remarquable. Un B20 bien entretenu peut dépasser 300 000 km sans intervention majeure. La preuve ultime : Irv Gordon a conduit sa P1800S de 1966 jusqu’à 3,2 millions de miles avant de disparaître en 2018.
L’entretien de base suffit :
- Vidange tous les 6 000 miles (ou une fois par an si le kilométrage annuel est faible)
- Filtre à huile Volvo d’origine exclusivement — il intègre un clapet anti-retour qui protège les coussinets au démarrage à froid
La 1800ES shooting brake automatique : le modèle le plus rare
Si vous cherchez la Volvo P1800 automatique la plus désirable, c’est la 1800ES.
Volvo a lancé cette version « shooting brake » en 1972. Elle garde la carrosserie du coupé jusqu’aux montants B, puis adopte un hayon entièrement vitré. Les sièges arrière se rabattent pour créer un vrai espace de chargement.
C’est une silhouette unique. Unique au point que les Suédois l’ont surnommée Fiskbilen (le camion à poisson) et les Allemands Schneewittchensarg (le cercueil de Blanche-Neige), en référence à son hayon transparent.
Seuls 8 077 exemplaires ont été produits en deux ans modèles (1972-1973). La boîte automatique était proposée en option. Les 1800ES automatiques sont donc rares parmi les rares.
La production a cessé en juin 1973. Volvo ne souhaitait pas investir les sommes nécessaires pour mettre la 1800ES en conformité avec les nouvelles normes de sécurité américaines prévues pour 1974.
Aujourd’hui, la 1800ES est le modèle le plus recherché de la famille 1800. Sa valeur dépasse systématiquement celle des coupés équivalents.
Peut-on convertir une P1800 automatique en manuelle ?
Oui. Et c’est une conversion documentée et réalisable.
Les éléments nécessaires :
- Une boîte M41 compatible avec le B20 (avec ou sans overdrive)
- Un pédalier complet avec embrayage
- Un maître-cylindre d’embrayage
- Le câblage associé à l’overdrive (si option conservée)
- Modification du tunnel de transmission si nécessaire
En 2019, BringATrailer proposait une 1800E automatique de 1971 avec la M41 d’origine incluse dans la vente — précisément pour faciliter cette conversion pour l’acheteur.
Si vous trouvez une P1800 automatique à bon prix, en bon état carrosserie, la conversion manuelle est une option sérieuse à envisager. La mécanique est robuste et les pièces de boîte manuelle restent plus faciles à trouver que des éléments BW35 de qualité.
Entretien et fiabilité de la BW35 sur P1800
La BW35 n’est pas une boîte fragile. Mais elle demande un entretien régulier, souvent négligé sur les voitures d’occasion.
Points d’entretien essentiels :
- Vidange du fluide ATF régulière — un fluide dégradé accélère l’usure des éléments internes
- Remplacement du filtre interne lors de chaque vidange
- Réglage de la bande de frein : un réglage incorrect entraîne des passages de rapports brutaux ou des glissements
- Inspection des joints : la BW35 est connue pour ses fuites sur les modèles anciens
Les pièces de reconstruction sont disponibles auprès de spécialistes de la BW35. La boîte peut être remise en état, mais le coût d’une révision complète est à anticiper.
Rappel : la faiblesse vient de la transmission, pas du moteur. Le B20E reste l’un des quatre-cylindres les plus fiables jamais produits.
La P1800 automatique aujourd’hui : valeur et cote de collection
Le marché de la P1800 reste actif. Les prix varient fortement selon l’état, l’historique et la version.
Ce que le marché dit
- Une Volvo P1800 automatique en bon état oscille entre 15 000 $ et 40 000 $ selon la version et l’état de restauration
- Les exemplaires Jensen-built (1961-1962) en très bon état peuvent dépasser 80 000 $
- La 1800ES, toutes transmissions confondues, atteint des prix supérieurs aux coupés comparables
- La version automatique n’est pas systématiquement mieux valorisée qu’une manuelle — les puristes paient souvent une prime pour la M41
La référence ultime : Cyan Racing
Pour mesurer le potentiel de la plateforme, regardez ce que Cyan Racing a fait. En 2020, le préparateur suédois spécialiste de Volvo a dévoilé le P1800 Cyan : une carrosserie en fibre de carbone, un moteur 2,0 litres turbocompressé de 420 chevaux, issu de leur Volvo S60 de course TC1.
En 2024, Cyan a présenté le P1800 Cyan GT, une version plus accessible de ce restomod — à environ 600 000 $. Un prix de supercar pour une base de 1973.
Cela dit tout du statut que la P1800 a acquis dans le monde du classique.
Une P1800 automatique est une voiture attachante, rare et cohérente si vous cherchez la détente plutôt que la sportivité. Vérifiez la boîte, méfiez-vous de la corrosion, et profitez de l’un des moteurs les plus durables que Volvo ait jamais construit.


