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Née au cœur des années 80 pour redonner des couleurs à des ventes qui s’essoufflent, la 2CV Dolly est bien plus qu’une simple voiture : c’est une icône de la « deuche » ludique. Imaginée comme la petite sœur accessible et fun de la Charleston, elle se distingue par son look rétro « Art Déco » et ses combinaisons de teintes audacieuses. Initialement prévue comme une simple série limitée, son immense succès populaire a forcé le constructeur à l’intégrer définitivement au catalogue jusqu’à l’arrêt de la production, marquant à jamais l’histoire de l’automobile française.
En bref :
- La Dolly est une série spéciale bicolore au style « Art Déco », lancée en 1985 et dessinée par Serge Gevin.
- Elle repose sur une 2CV 6 Spécial mais se distingue par des sièges de type Charleston et des enjoliveurs de Dyane.
- D’abord limitée (Séries 1 et 2), elle devient un modèle de la gamme régulière dès 1986 (Série 3).
- Les duos Rouge Delage/Jaune Rialto et Blanc Meije/Rouge Vallelunga sont les plus emblématiques.
- Son moteur de 602 cm³ (29 ch) offre une expérience de conduite vivante, sonore et typiquement « deuche ».
- C’est une valeur sûre en collection, alliant un capital sympathie énorme à une mécanique simple et réparable.
Genèse : une réponse au succès de la Charleston
En 1984, l’ambiance n’est pas à la fête quai de Javel. La Dyane vient de tirer sa révérence et, bien que la 2CV résiste encore, ses ventes déclinent face à la concurrence des citadines modernes. Il faut réagir vite et à moindre coût. Fort du triomphe commercial de la 2CV Charleston lancée quelques années plus tôt, Citroën décide de réitérer l’opération « série spéciale ».
La marque fait alors appel au designer Serge Gevin, déjà père de la Charleston et de la Spot. Le cahier des charges est clair : concevoir un modèle attractif, au charme rétro, mais plus simple et moins coûteux à fabriquer que sa grande sœur bordeaux et noir. La réponse de Gevin est la Dolly : une 2CV bicolore, fraîche et pimpante, destinée à séduire une clientèle plus jeune et féminine.
Les trois séries de la 2CV Dolly : dates et évolutions
Pour le collectionneur averti, il est crucial de savoir que la carrière de la Dolly se découpe en trois actes distincts. Chaque phase possède ses propres spécificités de fabrication et son nuancier exclusif.
1ère série : l’essai transformé (Mars 1985)
Lancée le 21 mars 1985, cette première cuvée est une véritable série limitée produite à seulement 3 000 exemplaires (1 500 pour la France et autant pour l’export, notamment vers l’Italie et la Grande-Bretagne).
C’est la version la plus pure mais aussi la plus complexe techniquement. Les motifs de peinture varient selon les modèles, nécessitant deux passages en cabine de peinture, un processus jugé trop coûteux par l’usine. Visuellement, cette série se reconnaît à la prédominance de la teinte grise.
Les trois combinaisons initiales sont :
- Gris Cormoran / Rouge Vallelunga
- Blanc Meije / Gris Cormoran (rehaussé de fins liserés)
- Jaune Rialto / Gris Cormoran

2ème série : l’industrialisation du succès (Octobre 1985)
Face à l’engouement suscité par la première vague, Citroën lance une seconde série dès octobre 1985, augmentant la production à environ 6 000 unités. Pour optimiser les coûts, le processus est rationalisé : la découpe des couleurs est uniformisée pour les trois modèles. Désormais, un seul passage en peinture suffit, les démarcations étant gérées par des autocollants.
Le nuancier évolue radicalement pour devenir plus vif :
- Blanc Meije / Rouge Vallelunga
- Rouge Delage / Jaune Rialto
- Vert Bambou / Blanc Meije (une teinte aujourd’hui très recherchée)

3ème série : intégration à la gamme (Mars 1986 – 1990)
En mars 1986, la Dolly perd son statut de série limitée. Elle intègre la gamme régulière de Citroën aux côtés de la Club et de la Spécial. Elle sera produite, notamment dans les usines de Mangualde (Portugal) et de Vigo (Espagne), jusqu’à la fin de la carrière de la 2CV en 1990.

Si les best-sellers (Rouge/Blanc et Rouge/Jaune) sont conservés, le Vert Bambou, jugé moins vendeur, disparaît au profit d’une nouvelle combinaison élégante : le Bleu Nuit / Jaune Rialto.
| Série | Date de lancement | Statut | Combinaisons notables | Particularité |
|---|---|---|---|---|
| Série 1 | Mars 1985 | Limitée (3 000 ex.) | Gris Cormoran dominant | Peinture complexe (2 passages) |
| Série 2 | Octobre 1985 | Limitée (6 000 ex.) | Vert Bambou / Blanc Meije | Découpe peinture standardisée |
| Série 3 | Mars 1986 | Catalogue permanent | Bleu Nuit / Jaune Rialto | Production de masse jusqu’en 1990 |
Caractéristiques et équipements : comment reconnaître une vraie Dolly ?
Attention aux contrefaçons ! Il est facile de repeindre une deuche lambda, mais une authentique Dolly répond à des codes précis. Elle est bâtie sur la base technique de la 2CV 6 Spécial, ce qui explique son équipement relativement dépouillé, mais elle emprunte des éléments de confort à la finition supérieure.
Voici les indices pour l’identifier :
- L’extérieur : Outre sa robe bicolore caractéristique dont la teinte remonte en arc sur la portière arrière, elle arbore des éléments spécifiques. On note la présence d’enjoliveurs de roues en inox (provenant de la Dyane 6), de phares ronds (souvent agrémentés de casquettes chromées en accessoire), de pare-chocs gris et d’une capote à ouverture intérieure assortie à la carrosserie.
- L’habitacle : C’est tout le paradoxe de la Dolly. Si la planche de bord est celle, minimaliste, de la Spécial (petit compteur, pas de volet d’aération central), les sièges sont ceux de la luxueuse 2CV Charleston (tissu gris à motifs losanges) ou en tissu mixte sur les dernières années. Autre détail « luxe » pour l’époque : la présence de deux pare-soleil.
Sensations au volant et performances
Prendre le volant d’une Dolly, c’est retrouver la saveur authentique de la 2CV. Sous le capot, pas de surprise : on retrouve le fidèle moteur bicylindre de 602 cm³ refroidi par air.
Avec ses 29 chevaux DIN, ne vous attendez pas à des accélérations foudroyantes. Le couple modeste de 39 Nm oblige le conducteur à « cravacher » la mécanique et à monter dans les tours pour s’insérer dans le trafic moderne. La boîte de vitesses à 4 rapports demande du doigté, mais offre un verrouillage précis.
Sur la route, la magie opère. La suspension à grand débattement efface les ralentisseurs avec une douceur inégalée, bien que le roulis en virage puisse surprendre les néophytes. La vitesse de croisière s’établit autour de 80 km/h ; au-delà, le bruit du moteur devient omniprésent. C’est une voiture faite pour la balade, agile en ville et impériale sur les chemins de campagne.
Cote et conseils d’achat pour le collectionneur
La Dolly représente aujourd’hui une excellente porte d’entrée dans le monde de la collection. Moins onéreuse qu’une Charleston ou une Sahara, elle conserve une cote d’amour très élevée.
- Disponibilité : Les modèles de la 3ème série sont les plus courants sur le marché. En revanche, une Série 1 (avec ses découpes de gris spécifiques) ou une Série 2 en Vert Bambou sont nettement plus rares et justifient une surcote.
- Prix : Comptez environ 8 500 € pour un exemplaire sain prêt à rouler. Pour une voiture en « état concours », entièrement restaurée et conforme à l’origine, les prix peuvent dépasser les 12 000 €.
- Vigilance : Comme pour toute ancienne de cette époque, l’ennemi numéro un est la rouille (châssis, planchers, bas de caisse). Vérifiez également la correspondance des codes couleurs sur les plaques constructeur pour vous assurer qu’il ne s’agit pas d’une réplique.


