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La Citroën CX Wagon n’est pas qu’une simple déclinaison familiale d’une berline à succès ; c’est une anomalie fascinante dans l’histoire automobile. Lancée au milieu des années 70, elle combine l’aérodynamisme d’une fusée, le confort d’une limousine d’État et la capacité de chargement d’un utilitaire. Grâce à sa technologie hydraulique unique, elle reste à ce jour l’un des rares véhicules capables de transporter de lourdes charges à 180 km/h sans jamais s’affaisser, offrant ce fameux effet de tapis volant cher à la marque aux chevrons.
En bref :
- La Citroën CX Break repose sur un châssis à empattement rallongé de 25 cm, identique à la version Prestige présidentielle.
- Sa suspension hydropneumatique à assiette constante lui permet de transporter plus de 700 kg de charge sans s’affaisser ni dégrader la tenue de route.
- Elle a été produite en étroite collaboration avec le carrossier Heuliez.
- La version 25 TRD Turbo 2 (120 ch) est considérée comme le modèle le plus abouti, combinant vitesse de pointe (195 km/h) et économie de carburant.
- Elle reste aujourd’hui une icône Youngtimer recherchée pour sa polyvalence, son design spatial et son confort inégalé.
Une architecture révolutionnaire : la magie de l’hydropneumatique
Ce qui distingue immédiatement ce véhicule de la concurrence allemande ou suédoise de l’époque, c’est son cœur technique : la suspension hydropneumatique. Contrairement aux suspensions à ressorts classiques qui s’écrasent sous le poids, le système de la CX assure une assiette constante.
Concrètement, vous pouvez charger le coffre avec 700 kg de matériel, atteler une caravane, et la voiture retrouvera automatiquement sa hauteur de référence. Pour le conducteur, cela signifie que la géométrie de la route et l’aérodynamisme restent parfaits, quelle que soit la charge. À cela s’ajoute la fameuse direction DIRAVI à rappel asservi. Cette direction assistée, conçue initialement pour la SM, possède la particularité unique de se durcir avec la vitesse et de revenir automatiquement en ligne droite, garantissant une stabilité impériale sur autoroute, même par grand vent latéral.
Le coup de génie du châssis rallongé
Peu de gens le savent, mais le break partage son ADN avec la plus luxueuse des versions : la Prestige. Pour transformer la berline aérodynamique dessinée par Robert Opron en véritable cargo, Citroën a utilisé un châssis dont l’empattement est rallongé de 25 cm.

Cette modification structurelle majeure change tout. Là où la Prestige utilise cet espace pour offrir un dégagement royal aux jambes des ministres et chefs d’État (comme Valéry Giscard d’Estaing ou Jacques Chirac), le Break l’utilise pour offrir un plancher de chargement plat de plus de 2 mètres de long une fois la banquette rabattue. Autre spécificité de cette carrosserie, souvent assemblée avec l’aide du carrossier Heuliez : le toit surélevé. Cette « bosse » caractéristique permet de maximiser le volume utile, cassant la ligne fuyante de la berline pour une efficacité utilitaire totale.
Chronologie d’une carrière hors normes (1976-1991)
Arrivé en 1976, deux ans après la berline, le break a connu une longévité exceptionnelle. Sa carrière se découpe en deux grandes ères qui marquent l’histoire des Youngtimers :
- Série 1 (1976-1985) : Reconnaissable à ses pare-chocs fins en acier inoxydable et son instrumentation intérieure « pèse-personne » ou à rouleaux. C’est l’époque du charme pur et de l’acier chromé.
- Série 2 (1985-1991) : La modernisation radicale. L’auto gagne des boucliers en plastique enveloppants pour améliorer encore l’aérodynamisme et lutter contre la corrosion.
Fait notable : la demande pour ce « déménageur express » était telle que la production du break (parfois nommé Evasion) a perduré quelque temps après l’arrêt de la berline en 1989, cohabitant même avec la nouvelle Citroën XM.
Sous le capot : des moteurs à la hauteur de la charge
Si les premiers modèles devaient se contenter de moteurs hérités de la vénérable DS, la CX Wagon a rapidement monté en gamme pour devenir une véritable routière. C’est l’arrivée des blocs Diesel turbocompressés qui a forgé sa légende. La version TRD Turbo 2, équipée d’un échangeur air-air, offrait un couple camionnesque et une vitesse de pointe (195 km/h) qui en faisait la terreur des files de gauche, tout en consommant raisonnablement.

Pour les amateurs d’essence, la version 25 TRi à injection offrait des performances de Grand Tourisme dans un corps de familiale.
| Motorisation | Type | Puissance (ch DIN) | Particularité |
|---|---|---|---|
| 2400 Super | Essence Carburateur | 115 | Le bloc classique robuste et souple |
| 2500 D | Diesel Atmosphérique | 75 | L’indestructible, mais aux performances modestes |
| 25 TRi | Essence Injection | 138 | La performance pure, idéale pour l’autoroute |
| 25 TRD Turbo 2 | Turbo Diesel | 120 | L’échangeur air-air en fait la référence absolue |
Au-delà de la famille : les vies multiples du « Loadrunner »
La CX Break n’était pas seulement la voiture des familles nombreuses ; elle était l’outil de travail ultime. Son confort incomparable en a fait l’ambulance par excellence des années 80, capable de transporter des blessés sans les secouer, même sur route dégradée.

Elle fut aussi la favorite des équipes de presse et de télévision (notamment sur le Tour de France) pour sa capacité à servir de plateforme de tournage stable à haute vitesse. Enfin, impossible de ne pas mentionner les transformations spectaculaires de Tissier. Ce carrossier génial a transformé la CX en « ciempattes » (véhicules à 6 roues ou plus), créant des fourgons rapides (le fameux Loadrunner) capables de livrer les journaux à travers l’Europe en un temps record.
Guide d’achat Youngtimer : ce qu’il faut savoir
Aujourd’hui, la CX Break est une pièce de choix pour tout collectionneur. Cependant, l’achat ne doit pas se faire à l’aveugle. L’ennemi numéro un reste la corrosion, qui attaque sournoisement les bas de caisse, les fonds de coffre et les longerons arrière.
Côté mécanique, le système hydraulique est fiable s’il est entretenu, mais nécessite un remplacement régulier des sphères et du liquide LHM. Attention également aux modèles équipés des fameux pneus millimétriques Michelin TRX : s’ils offrent une tenue de route exceptionnelle, leur remplacement est aujourd’hui très coûteux. La cote est en hausse, particulièrement pour les versions Turbo 2 et les modèles Prestige, mais le Break reste une porte d’entrée fantastique dans l’univers du haut de gamme français.


