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Le roadster BMW 507 est bien plus qu’une simple automobile : c’est une icône absolue du design industriel du milieu du XXe siècle. Produit en quantité infime entre 1955 et 1959, ce roadster GT avait pour ambition initiale de conquérir l’Amérique. Malgré un échec commercial retentissant à son époque, sa ligne intemporelle et son pedigree, marqué par des propriétaires légendaires comme Elvis Presley, en font aujourd’hui l’une des voitures de collection les plus chères et convoitées au monde.
En bref :
- La BMW 507 est un roadster de luxe produit à seulement 254 exemplaires entre 1955 et 1959, ce qui en fait l’une des BMW les plus rares de l’histoire.
- Conçue à la demande de l’importateur américain Max Hoffman et dessinée par Albrecht von Goertz, elle visait à concurrencer Mercedes aux États-Unis.
- Son prix exorbitant à sa sortie a causé un échec commercial qui a failli ruiner BMW, mais qui garantit aujourd’hui son exclusivité.
- Elle est propulsée par un moteur V8 de 3,2 litres en aluminium développant 150 chevaux.
- L’exemplaire ayant appartenu à Elvis Presley, retrouvé et restauré par l’usine, a grandement contribué à la légende moderne du véhicule.
- Sa cote sur le marché de la collection se chiffre désormais en plusieurs millions d’euros.
Historique : la naissance d’une icône sous influence américaine
Au milieu des années 1950, BMW cherche à redorer son blason et à se relancer sur le segment du prestige, alors dominé par son rival de toujours, Mercedes-Benz. La marque bavaroise produit déjà des berlines de qualité (les 501 et 502), mais il lui manque un véhicule phare pour capter l’imaginaire du public international.

C’est ici qu’intervient Max Hoffman, l’influent importateur de voitures européennes aux États-Unis. Visionnaire, Hoffman persuade l’état-major de Munich qu’il existe une place vacante sur le marché américain pour un roadster sportif. Son idée est précise : proposer une alternative située à mi-chemin entre la très coûteuse Mercedes 300 SL et les petits roadsters britanniques bon marché. Pour réduire les coûts de développement, les ingénieurs reprennent la base technique de la BMW 503, en raccourcissant le châssis, et utilisent le moteur V8 des grandes berlines de la marque.
Le design signé Albrecht von Goertz
Pour habiller ce châssis, Max Hoffman rejette les premiers dessins internes et suggère le nom d’un designer indépendant : Albrecht von Goertz. Cet élève du célèbre Raymond Loewy dessine alors une ligne d’une fluidité époustouflante.
La 507 se distingue par son profil bas, ses courbes sensuelles et ses haricots de calandre étirés horizontalement, qui rompent avec la verticalité habituelle des BMW d’avant-guerre. Les ouïes latérales chromées, qui servent à évacuer la chaleur du moteur, deviennent une signature stylistique majeure. Lors de sa présentation au salon de New York en 1955, la presse est unanime : BMW a réussi le tour de force de « battre les Italiens » sur leur propre terrain, l’élégance. Ce coup de crayon magistral inspirera directement, quarante ans plus tard, les lignes de la BMW Z8.
Une voiture de stars : l’histoire de la BMW 507 d’Elvis Presley
Si la voiture est techniquement aboutie, c’est son aura « people » qui va forger sa légende. De nombreuses célébrités comme Alain Delon, Ursula Andress ou le champion de moto John Surtees en deviennent propriétaires. Mais l’histoire la plus célèbre reste celle du « King ».

Elvis Presley achète un exemplaire d’occasion (le châssis numéro 70079) en décembre 1958, alors qu’il effectue son service militaire en Allemagne. La légende raconte que sa voiture, initialement blanche, posait un problème singulier : ses admiratrices avaient pris l’habitude d’écrire des messages et de laisser des traces de rouge à lèvres sur la carrosserie. Lassé de devoir la nettoyer constamment, Elvis fait repeindre le roadster en rouge.
Après son retour aux États-Unis, la voiture connaît une vie tumultueuse. Vendue, elle voit son moteur d’origine remplacé par un V8 Chevrolet pour la compétition, avant de sombrer dans l’oubli. Elle est retrouvée en 2014 dans un entrepôt de citrouilles en Californie, propriété de l’ingénieur Jack Castor. BMW Group Classic rapatrie alors l’épave à Munich pour une restauration totale. Durant deux ans, les experts reconstruisent le moteur V8 d’origine et rendent à la voiture sa teinte blanche initiale. Elle est finalement présentée, resplendissante, au concours d’élégance de Pebble Beach en 2016.
Caractéristiques techniques et performances
La 507 n’est pas une pure voiture de course, mais une GT (Grand Tourisme) sophistiquée. Son cœur est le premier moteur V8 en aluminium produit en série par BMW. Ce bloc de 3,2 litres offre une sonorité rauque et des performances respectables pour l’époque, propulsant l’auto à plus de 200 km/h.
La structure repose sur un châssis caisson raccourci, surmonté d’une carrosserie entièrement façonnée à la main en aluminium, ce qui permet de contenir le poids total. La transmission est assurée par une boîte de vitesses ZF à 4 rapports, positionnée de manière spécifique pour optimiser l’équilibre des masses.
| Donnée | Spécification |
|---|---|
| Moteur | V8 à 90°, soupapes en tête (OHV) |
| Cylindrée | 3 168 cm³ (3,2 Litres) |
| Puissance | 150 ch à 5 000 tr/min |
| Alimentation | 2 carburateurs double corps Zenith |
| Vitesse maximale | 217 km/h (selon rapport de pont) |
| Poids à vide | 1 330 kg |
| Production | 254 exemplaires |
Pourquoi la BMW 507 a-t-elle été un échec commercial ?
Paradoxalement, ce chef-d’œuvre a failli causer la perte de BMW. La raison est purement économique : les coûts de production se sont envolés. La fabrication artisanale de la carrosserie en aluminium exigeait un savoir-faire complexe et un temps considérable.

Le prix de vente final s’est établi autour de 9 000 à 10 000 dollars, soit plus du double des prévisions initiales de Max Hoffman. À ce tarif, la 507 était plus chère que la référence absolue, la Mercedes 300 SL « Papillon », et sans commune mesure avec les Chevrolet Corvette américaines. Les ventes n’ont jamais décollé. Perdant de l’argent sur chaque modèle vendu, BMW stoppe l’hémorragie en arrêtant la production début 1959. Seuls 254 exemplaires sortent de l’usine, bien loin de l’objectif des 5 000 unités par an.
Cote actuelle et marché de la collection
L’échec d’hier fait la fortune des collectionneurs d’aujourd’hui. La rareté extrême de la BMW 507, combinée à sa beauté sculpturale, a propulsé sa cote vers des sommets. Lors des ventes aux enchères, il n’est pas rare de voir des modèles s’échanger au-delà de 2 millions d’euros.
Les exemplaires ayant une histoire documentée, comme celui de John Surtees vendu par la maison Bonhams, atteignent des records encore plus élevés. Cependant, posséder une telle légende demande des moyens conséquents, non seulement pour l’achat, mais aussi pour l’entretien : en raison de la fabrication artisanale, les pièces de carrosserie ne sont pas interchangeables d’une voiture à l’autre, rendant toute restauration complexe et onéreuse.


