Volvo P1800 Estate (ES) : l’icône Shooting Brake audacieuse et intemporelle

Si la silhouette du coupé P1800 reste gravée dans les mémoires grâce à Roger Moore dans la série Le Saint, sa déclinaison break de chasse, la Volvo P1800 ES (Estate), représente le véritable Graal pour les amateurs de design et d’exclusivité. Produite durant une très courte période entre 1972 et 1973, cette Youngtimer suédoise réussit le mariage improbable entre la sportivité d’une GT et la praticité d’un break. Plus de cinquante ans après sa sortie, elle fascine toujours par son allure avant-gardiste et s’impose comme une valeur montante sur le marché de la collection.

En bref :

  • La Volvo P1800 ES (Estate) est la version break de chasse produite uniquement de 1972 à 1973.
  • Elle se distingue par son iconique hayon arrière entièrement vitré sans cadre métallique.
  • Équipée du bloc 4 cylindres 2.0L injection (B20), elle est réputée pour sa fiabilité légendaire.
  • C’est une Grand Tourisme idéale pour voyager différemment, offrant un volume de coffre surprenant.
  • Avec seulement environ 8 000 exemplaires produits, elle est beaucoup plus rare que le coupé.
  • Attention à la rouille structurelle et à l’état des pièces de carrosserie spécifiques introuvables.

Un design unique : la signature du « Cercueil de Blanche-Neige »

Ce qui frappe immédiatement lorsque l’on observe une P1800 ES, c’est son audace stylistique. Contrairement au coupé à la ligne fuyante, la version Estate adopte un toit plat qui s’étire vers l’arrière pour former un authentique Shooting Brake (break de chasse). Mais la véritable révolution esthétique réside dans son hayon arrière entièrement vitré.

Dépourvu de tout montant métallique, cet immense panneau de verre offre une visibilité exceptionnelle et un look futuriste pour l’époque. Cette particularité unique a d’ailleurs valu à la voiture un surnom aussi étrange que célèbre en Allemagne : Schneewittchensarg, ou le « Cercueil de Blanche-Neige ». Ce coup de crayon magistral, signé par le designer maison Jan Wilsgaard, est devenu une telle référence qu’il a directement inspiré les lignes des Volvo 480 et C30 plusieurs décennies plus tard.

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Fiche technique et performances : la robustesse suédoise

Sous son capot élégant, la P1800 ES abrite une mécanique éprouvée qui privilégie la fiabilité à la performance pure. Elle est propulsée par le célèbre bloc 4 cylindres B20 de 2,0 litres. Pour répondre aux exigences de modernité et de dépollution de l’époque, ce moteur délaisse les carburateurs pour une injection électronique Bosch D-Jetronic.

Côté puissance, la cavalerie varie selon les marchés : les modèles européens développent environ 135 chevaux, tandis que les versions américaines (souvent rapatriées aujourd’hui) affichent une puissance plus modeste de 125 chevaux en raison des normes antipollution. La transmission est assurée par une boîte manuelle à 4 rapports, secondée par un indispensable Overdrive électrique (surmultipliée) qui permet d’abaisser le régime moteur sur autoroute pour une conduite type « Grand Tourisme ». Une boîte automatique Borg-Warner était également disponible en option.

La réputation d’indestructibilité de ce moteur n’est pas une légende : c’est avec une P1800 (certes coupé, mais dotée de la même base mécanique) que l’américain Irv Gordon a établi le record mondial de kilométrage, parcourant plus de 5 millions de kilomètres avec son moteur d’origine.

CaractéristiqueDétail
Moteur4 cylindres en ligne B20E / B20F
Cylindrée1 986 cm³
AlimentationInjection électronique Bosch D-Jetronic
Puissance125 ch (US) à 135 ch (Europe)
TransmissionManuelle 4 vitesses + Overdrive (ou Auto 3 rapports)
PoidsEnv. 1 175 kg
Production1972 – 1973 (~8 000 exemplaires)

Coupé vs Estate : quelles différences majeures ?

Si l’avant de la voiture reste identique à celui du coupé avec sa calandre « bouche » et ses ailes marquées, l’expérience à bord de l’Estate diffère radicalement. Le principal atout de cette version est son volume de chargement. Une fois la banquette arrière rabattue, vous obtenez un plancher plat offrant près de 1 000 litres de capacité, transformant cette sportive en une véritable déménageuse chic.

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L’intérieur plonge les occupants dans une ambiance typiquement « seventies », un peu plus austère que les premiers coupés, avec une instrumentation complète incluant température d’huile et d’eau. Attention toutefois, l’appellation « break » ne doit pas vous tromper : les places arrière restent symboliques et accueilleront difficilement des adultes sur de longs trajets. Enfin, la différence majeure réside dans la rareté : avec seulement deux années de production contre douze pour le coupé, croiser une ES sur la route est un événement beaucoup plus exceptionnel.

Genèse : comment le break de chasse est né

Au début des années 70, le coupé P1800 commence à vieillir et Volvo cherche un moyen de relancer l’intérêt, notamment sur le marché américain friand de véhicules de loisirs. Plusieurs carrossiers italiens sont consultés. Pietro Frua propose le prototype Raketen (« La Roquette ») et Sergio Coggiola soumet également son dessin.

Cependant, Volvo juge ces propositions italiennes trop futuristes ou trop complexes à industrialiser. C’est finalement la proposition interne de Jan Wilsgaard, surnommée « The Beach Car », qui est retenue pour son équilibre entre coût et esthétique. Malheureusement, la carrière de la P1800 ES sera stoppée net en 1973, non pas par manque de succès, mais à cause de nouvelles normes de sécurité américaines drastiques. Adapter le châssis vieillissant aurait coûté trop cher, signant ainsi la fin de cette belle aventure.

Cote et conseils d’achat : ce qu’il faut savoir

Aujourd’hui, la Volvo P1800 ES est une voiture de collection très prisée dont la cote ne cesse de grimper. Pour acquérir ce morceau d’histoire, comptez environ 18 000 € pour un modèle nécessitant une restauration complète, et entre 30 000 € et 45 000 € pour un bel exemplaire roulant. Les modèles en état concours peuvent dépasser les 60 000 €.

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Avant d’acheter, voici les points cruciaux à vérifier :

  • La corrosion : C’est l’ennemi numéro un. Inspectez minutieusement les bas de caisse, les planchers et les entourages de phares. Notez que les ailes avant sont soudées à la caisse, ce qui rend les réparations de carrosserie coûteuses.
  • L’injection D-Jetronic : Bien que fiable, ce système ancien nécessite des compétences spécifiques pour être bien réglé. Un moteur qui tourne mal peut souvent venir d’un capteur défaillant.
  • Les pièces spécifiques : Si la mécanique est courante (partagée avec la série Amazon), les éléments de carrosserie spécifiques à l’Estate, comme le hayon vitré ou les baguettes chromées, sont extrêmement difficiles à trouver et très onéreux.