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Lancée officiellement en avril 1961, la Citroën Ami 6 avait la lourde tâche de combler le vide immense existant dans la gamme aux chevrons. Souvent qualifiée de « super 2CV » ou de « petite DS », elle marque l’histoire automobile par son confort exceptionnel et, surtout, par son design atypique signé Flaminio Bertoni. Retour sur la genèse, les caractéristiques et la carrière de celle qui fut la voiture la plus vendue en France en 1966.
En bref :
- Produite de 1961 à 1969 à plus d’un million d’exemplaires (dont une majorité de breaks).
- Elle se distingue par sa lunette arrière inversée (ligne en Z) unique dans la production française.
- Le chainon manquant idéal entre la 2CV populaire et la DS statutaire.
- Première voiture fabriquée dans l’usine rennaise de La Janais.
- Une voiture aujourd’hui recherchée pour son audace stylistique typique des années 60, particulièrement en version Club ou en état d’origine.
Genèse et positionnement : la pièce manquante
Au tournant des années 60, la situation est paradoxale chez Citroën : le catalogue propose la rustique 2CV pour le peuple et la majestueuse DS pour l’élite. Entre les deux ? Rien. Le constructeur lance alors le Projet AM (Automobile de Milieu de gamme) pour capter une clientèle bourgeoise désireuse de monter en gamme sans pouvoir s’offrir la « Déesse ».
Le cahier des charges imposé par le PDG de l’époque, Pierre Bercot, est strict et redoutable pour les ingénieurs. La voiture doit mesurer moins de 4 mètres tout en offrant un immense coffre et une habitabilité record. Surtout, Bercot pose un interdit formel : il ne veut pas de hayon, qu’il juge trop « utilitaire ». La future berline devra conserver une malle classique.
C’est pour produire ce modèle stratégique que Citroën construit une toute nouvelle usine en Bretagne : le site de Rennes-La Janais. La voiture est finalement dévoilée à la presse sur la base aérienne de Villacoublay, accompagnée d’un slogan qui restera dans les mémoires : « Le kilomètre confort le moins cher du monde ».
Le style Bertoni : la fameuse lunette arrière inversée
Si la mécanique emprunte à la banque d’organes existante, le style, lui, est une véritable rupture. Il est l’œuvre du sculpteur et designer maison, Flaminio Bertoni, déjà père des lignes de la Traction et de la DS. Pour répondre aux exigences contradictoires d’habitabilité sur un châssis court, Bertoni dessine une silhouette unique caractérisée par sa lunette arrière inversée.
Cette fameuse ligne en Z n’est pas qu’une audace esthétique, c’est une prouesse pragmatique :
- Elle permet à la lunette de rester propre même par temps de pluie.
- Elle offre une garde au toit généreuse pour les passagers arrière.
- Elle autorise une vaste ouverture de malle sans recourir au hayon interdit.
Bien que certains y voient une inspiration venue d’outre-Atlantique (comme la Ford Anglia), le traitement des volumes et le capot plongeant confèrent à l’Ami 6 une personnalité typiquement Citroën, à la fois étrange et fascinante.
Caractéristiques techniques : une base de 2CV améliorée
Sous sa robe baroque, l’Ami 6 cache une évolution musclée de la plateforme de la « Deuche ». Elle étrenne un moteur bicylindre à plat (Flat-twin) refroidi par air, dont la cylindrée est portée à 602 cm³. Ce bloc, d’une fiabilité légendaire, développe initialement 22 chevaux réels (3CV fiscaux) pour atteindre 35 chevaux sur les ultimes versions équipées du moteur M28.
Mais c’est sur la route que la parenté avec la DS se révèle. Grâce à sa suspension à grands débattements et ses batteurs à inertie, l’Ami 6 survole les nids-de-poule avec une aisance royale. L’intérieur soigne aussi ses occupants avec des sièges moelleux, un volant monobranche caractéristique et des poignées de portes directement inspirées de sa grande sœur.
| Caractéristique | Données Clés |
|---|---|
| Moteur | Bicylindre à plat, 602 cm³ |
| Puissance | De 22 ch (1961) à 35 ch (1968) |
| Vitesse max | 105 km/h à 123 km/h |
| Suspension | Indépendante, batteurs à inertie |
| Dimensions | Longueur : 3,87 m / Largeur : 1,52 m |
| Poids | Env. 640 kg à vide |
Évolutions et versions : du lancement au succès du Break
Les débuts commerciaux sont encourageants mais freinés par quelques défauts de jeunesse, comme les vitres arrière fixes sur les premiers modèles ou une tôle jugée trop fine. Le véritable tournant s’opère en 1964 avec l’arrivée de la version Break.
En abandonnant la lunette inversée pour une ligne de toit plus conventionnelle, le Break offre un volume de chargement impressionnant pour sa catégorie. Le succès est tel qu’il finira par dépasser la berline en termes de ventes, séduisant autant les familles que les artisans.
En fin de carrière (1968), l’Ami 6 s’offre un baroud d’honneur avec la finition Club. Reconnaissable à ses 4 phares ronds intégrés dans la calandre, ses baguettes latérales et sa finition intérieure plus cossue (moquette, sièges avant séparés), elle préfigure l’Ami 8 qui lui succédera.
Au volant : sensations et conduite
S’installer au volant d’une Ami 6, c’est faire un voyage dans le temps. Le moteur démarre avec la sonorité typique du bicylindre, mais l’insonorisation est nettement supérieure à celle d’une 2CV. La position de conduite est haute, et la visibilité vers l’avant est excellente grâce au capot plongeant qui semble disparaître sous le pare-brise.
Sur la route, la voiture fait preuve d’une tenue de route imperturbable. Si elle prend du roulis (elle penche) dans les virages, elle ne décroche jamais, collant littéralement au bitume. Le freinage, assisté et puissant pour l’époque, rassure. C’est une voiture faite pour rouler à son rythme, offrant une douceur de fonctionnement qui justifie pleinement son nom d’Ami.


